Journaliste, addicted aux réseaux sociaux, droguée d'infos, en rehab à Raanana (Israël). Mère tendance Aldo Naouri. Chercheuse de vannes en cdi. Au jeu des initiales, j'ai tout misé sur JFK, je suis tombée à deux centimètres de V.G-E. Résultat : V.G-B. Je parle ici d'Alyah, de livres, de télé, de politique et de ... moi.
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27 juillet, 2014
En attendant le bus 347...
... Je réunis les 10,90 nis pour acheter le ticket
... Je regarde la patronne du Aroma Café s'engueuler avec un conducteur de travaux qui a décidé de monter sur le trottoir avec son camion
... Je profite de l'air pas tout à fait frais
... Je contemple le ciel sans les traînées blanches et irrégulières du kipat Barzel
.... Je constate que les israéliennes s'habillent décidément de façon étrange
.... je pense à Mémé en voyant passer une vieille dame avec son caddie
.... Je flippe en voyant les motos slalomer entre les bus et les voitures
... Je tente de comprendre les conversations qui m'entourent. Une femme parle fort au téléphone. Je choppe des mots, des bouts. A peine le temps de décrypter les formules d'usages que le corps de la discussion m'échappe comme du sable entre les doigts. J ai saisi au vol un mot, un pronom mais le verbe est déjà loin. Sa conversation est comme un gâteau dévoré sous mes yeux, il ne me reste que des miettes.
... J'écoute le bruit des voitures, Les accélérations des motos, les Klaxons et je me demande bien comment je peux les confondre avec le bruit de la sirène.
... Je compte les jours avant l'arrivée de mes parents
... Je me demande ce que je vais cuisiner ce soir
... Je me dis que je travaille dans cette boite israélienne depuis une semaine. je n'ai toujours réussi à échanger plus de trois phrases avec les trois types de mon bureau. mon anglais pourri ne m'est d'aucun secours. je me sens comme une autisme cloitrée dans un silence forcé. Mon hébreu ne me permet pas de m'insérer dans leurs conversations. Mes silences ont eu raison de la patience de mes collègues. Evacuées les banalités d'usages du matin et les consignes de travail, ma journée est un long tunnel silencieux. Mes collègues me pensent timide... je bouds de ne pouvoir pas leur montrer que je suis capable d'être drôle, spirituelle, fun. Je finis à la fin de la semaine. toutes les nuits, je rêve que je rentre dans le bureau de ma boss pour lui dire en hébreu tout ce que je pourrais apporter à cette boite géniale. Evidemment je n'en ferai rien.
... Je pense à mes dimanche parisiens, à mes copines de Paris, à nos dîners mensuels, à nos fous-rires. j'aimerais qu'elle soient là.
... Je refais mon parcours personnel et professionnel. Je trace dans ma tête les chronologies. Ein Yaacov, Maïmonide, le bac, la fac, l'UEJF, le volontariat civil, Radio Shalom, la découverte de New York, la télé, les premiers papiers parus, la fierté, la lassitude, Le mariage, les enfants Israël. Rien dans mon histoire ne me prédestinait à être ici, aujourd'hui. Jean Giraudoux a raison : "Le destin est simplement la forme accélérée du temps".
05 juin, 2014
Aidez Siyon à trouver un emploi
J'ai rencontré Siyon à l'oulpan. il vient d'Inde. Avec sa femme et ses enfants, il a quitté sa maison, son travail pour monter en Israël.
Pendant 5 mois nous avons étudié ensemble. Yerousha, sa femme étudiait dans la classe de mon mari, Laurent.
Siyon est une des personnes les plus gentilles que j'ai rencontrée. Il est à l'écoute, poli, ponctuel. Il a comme le veut la formule "le souci des autres".
Dans 4 semaines, il va devoir quitter le merkaz klita de Raanana où il vit depuis son arrivée en Israël. Ingénieur, il n'a pas trouvé de poste. Il travaille dans un supermarché.
Siyon ne se plaint jamais. il est toujours souriant et positif. Hier, je l'ai vu à un déjeuner. Pour la première fois je l'ai trouvé défaitiste. Il m'a expliqué qu'on lui avait proposé un travail dans un kibboutz. Il devait être sur son lieu de travail à 5h du matin."Je ne peux même plus aller à la synagogue le matin" m'expliquait-il hier. Pour conclure notre conversation, il a lâché " en Inde, j'étais un juif, en Israël, je suis un indien".
Je ne veux pas me lancer ici dans un débat sur la difficulté de s'intégrer en Israël, et l'aide apporter aux olims. Je veux juste aider Siyon à trouver un poste en relation avec ses capacités, son cursus et son expérience. Bref, un travail qui lui permette de nourrir sa famille.
Je me dis que si chacun envoie le lien de cet article avec le CV de Siyon à quelqu'un susceptible en Israël de l'aider, on a peut-être une chance. Alors voilà, je vous demande d'aider Siyon à trouver un emploi.
Siyon est prêt à quitter Raanana et à s'installer dans n'importe quelle ville d'Israël. Au moment où j'écris ces lignes il cherche du travail à Beer Sheva.
Merci de votre aide
Pendant 5 mois nous avons étudié ensemble. Yerousha, sa femme étudiait dans la classe de mon mari, Laurent.
Siyon est une des personnes les plus gentilles que j'ai rencontrée. Il est à l'écoute, poli, ponctuel. Il a comme le veut la formule "le souci des autres".
Dans 4 semaines, il va devoir quitter le merkaz klita de Raanana où il vit depuis son arrivée en Israël. Ingénieur, il n'a pas trouvé de poste. Il travaille dans un supermarché.
Siyon ne se plaint jamais. il est toujours souriant et positif. Hier, je l'ai vu à un déjeuner. Pour la première fois je l'ai trouvé défaitiste. Il m'a expliqué qu'on lui avait proposé un travail dans un kibboutz. Il devait être sur son lieu de travail à 5h du matin."Je ne peux même plus aller à la synagogue le matin" m'expliquait-il hier. Pour conclure notre conversation, il a lâché " en Inde, j'étais un juif, en Israël, je suis un indien".
Je ne veux pas me lancer ici dans un débat sur la difficulté de s'intégrer en Israël, et l'aide apporter aux olims. Je veux juste aider Siyon à trouver un poste en relation avec ses capacités, son cursus et son expérience. Bref, un travail qui lui permette de nourrir sa famille.
Je me dis que si chacun envoie le lien de cet article avec le CV de Siyon à quelqu'un susceptible en Israël de l'aider, on a peut-être une chance. Alors voilà, je vous demande d'aider Siyon à trouver un emploi.
Siyon est prêt à quitter Raanana et à s'installer dans n'importe quelle ville d'Israël. Au moment où j'écris ces lignes il cherche du travail à Beer Sheva.
Merci de votre aide
26 mai, 2014
Lettre à mon ami (e) juif (ve) de France
Hasard du calendrier et de
l’actualité, je me retrouve à Paris pour vivre, en à peine 48 heures, un double
coup de semonce : la tuerie perpétrée au musée juif de Belgique et
l’arrivée du FN en tête des élections européennes avec 25% des suffrages.
Mon séjour débuté lundi dernier avait
commencé sous les meilleurs auspices. Depuis mon arrivée, slalomant entre deux
averses, je cours les boutiques et enchaîne les rendez-vous avec mes copines
pour reprendre nos conversations pleines de vannes et de rires comme si on
s’était quitté hier.
Hier, après avoir appris la
tragédie du musée juif à Bruxelles, il m’a fallu des efforts surhumains pour me
tenir au programme d’activité prévu pour occuper ma fille aînée. Groggy,
sonnée, j’ai retrouvé la torpeur dans laquelle m’avait plongée le drame de
Toulouse. Ce matin, je lis dans la presse « fusillade ». J’ai mal à
mon métier quand je vois mes confrères utiliser ce terme pour parler d’un tireur fou qui vide son
chargeur dans le hall d’entrée d’un musée sur des touristes et du personnel.
Aujourd’hui, je pense à Shira et
Ayelet, les deux filles du couple d’israélien tué. Je pense à ceux qui ont dû
pénétrer dans leur chambre d’hôtel pour boucler leurs valises, je pense à ceux
qui vont placer leurs cercueils dans la soute d’un avion El Al. Je repense à ma
grand-mère qui répétait souvent – même hors contexte - « va où tu vas, meurs
où tu dois ». Je pense aux autres victimes. à cette bénévole de 50 ans et à ce jeune homme de 23 ans. à leurs familles, leurs collègues, leurs amis.
Et je pense à toi, juif de
France. Toi que je n'ai pas vu à la manifestation hier devant l'ambassade de Belgique ( mais qui t'en blâmerait ... ), toi qui encaisses chaque nouvel acte antisémite comme une gifle, toi
qui ne reconnais plus la France où tu as grandi, celle que tu as aimée. toi qui est ici mais qui regarde vers ailleurs.
Je pense à toi, aux efforts que
tu dois faire pour épargner à tes enfants l’insécurité, l’antisémitisme. Je
pense à tes espoirs déçus, à tes colères. Je te revois dans les années 80’, ta bande de potes bigarrée
à faire pâlir d’envie une pub Benetton. Trois décennies plus tard, tu mets l’homogénéisation
de tes relations amicales sur le
compte de la vie, le mariage, les
enfants. Tu as grandi sur les bancs de l’école de la République mais tes
enfants sont à Yavné. Tu mets ton bulletin dans l’urne mais tu n’y crois plus
ou si peu. Tu penses à l’Alyah mais rien n’est simple.
Je vis en Israël depuis 10 mois. Je suis
partie après Toulouse parce que je ne pouvais plus vivre en France comme si de
rien ne s’était passé Je l’ai fait pour mes filles, pour qu’elles ne vivent
plus jamais ces moments de désarroi devant les images diffusées en boucle par
les chaînes infos. Je continue de penser que mourir aujourd’hui en Europe parce
qu’on est juif est une aberration. A ceux qui me rétorquent qu’Israël n’est pas
un pays sûr je réponds qu’y mourir là-bas parce qu’on est juif a du sens.
Je repars dans une semaine en
Israël. Une fois là-bas, ma famille me manquera, mes amis aussi. Mais je
penserais aussi à toi, toi le juif de France, celui qui a une bonne situation
et qui se dit qu’il ne peut pas tout lâcher pour l’inconnu, celui qui galère
pour joindre les deux bouts. Je ne te juge pas. Je ne t’en veux pas de croire
encore que les juifs ont un destin en Europe, une place. Moi je n’y crois plus.
En Israël, j’ai ravalé ma fierté en bossant pour 30 shekels de l’heure. Je voulais
essayer, me frotter à cette dure réalité salariale qui fait que la femme de ménage
gagne en moyenne 20 shekels de plus que moi en dépit de mes études et de mon
expérience. Je n’en tire aucune gloire juste la certitude que ceux qui ont les
moyens devraient venir sans se poser de question quitte à perdre en niveau de
vie et que ceux qui galèrent ont tout intérêt à venir galérer ici.
En Israël, j’ai rencontré toutes
sortes d’olims. J’en ai rencontré certains qui avaient fait leur alyah
pour leurs enfants
par émouna,
par sionisme
pour changer d’air,
pour changer de vie,
par nécessité,
par idéal,
Encore une fois, si tu décides de
rester je ne te juge pas mais je suis triste de te voir vivre encore dans la peur ou
au mieux dans l’inquiétude. En t’attendant, ou pas, je continuerais de penser à
toi, de m’inquiéter de ton sort et de me soucier de ton bien-être car en toi il
y aura toujours, malgré la distance, un peu de moi.
30 janvier, 2014
OULPAN CLAP DE FIN
Voilà c’est
fini. Aujourd’hui à 12h00, j’ai quitté la place que j’occupais depuis 5 mois. Bye
bye la Kita « aleph + ». Adieu
les devoirs bâclés le matin entre 5h30 et 6h05. Finis les yeux sur la
pendule en attendant la pause de 9h40.
J’ai
attendu 5 mois la fin de l’oulpan et maintenant je me demande bien ce que je
vais faire de mes journées. La fin de l’oulpan c’est comme un saut dans le
vide. J’avais remis beaucoup de choses à « après l’oulpan »
et maintenant on y est. Il faut que je refasse mon CV que je contacte des
boîtes, que je trouve du boulot, que je travaille mon réseau.
A la fin du
cours du jour, Orith, notre professeur nous a demandés de lui dire quelle chose on allait retenir de
ces 5 mois. Ca sentait la fin, les
au-revoirs. Certains riaient en regardant
la montre, d’autres avaient le visage plus fermés. Moi je repensais
à la première fois où j’ai posé mon sac dans cette classe. J’avais la tête dans
mes cartons. Je pensais à l’adaptation d’adèle à la crèche. J’étais tout le
temps fatiguée. 5 mois plus tard, j’ai pris le rythme, les cartons ont disparu.
Dans les placards de la cuisine, chaque chose a pris sa place. Alors certes, il
y a encore des réglages à faire mais l’essentiel est là.
Il y a 5
mois j’étais une étrangère à Raanana. Aujourd’hui, je connais le nom des rues. J’ai
mon café préféré. Il y a des magasins que j’évite. Peu à peu, j’ai pris mes
marques. Je me sens un peu plus chez moi.
Beaucoup de
mes lieux favoris se situent aux alentours du Merkaz Klita ( centre d’intégration)
où j’ai suivi les cours d’oulpan. Maintenant, je sais que je passerais souvent
devant sans y entrer comme chaque matin à 8h. Le Merkaz
Klita, sa pancarte bleu, blanche et verte. Le chomer (gardien)
du gan de la Rue Hasharon qui te raconte sa vie quand tu passes devant lui, le beth-cafe où on se ruait à la pause pour commander un café afour à emporter.
Pour moi ces
5 mois passés à étudier sont les bases de ma nouvelle vie. J’y ai rencontré
des gens du monde entier. En 5 mois, j’ai plus appris sur moi et sur les autres
qu’en 5 ans passés à Paris. L’oulpan c’est
un passage obligé pour apprendre l’hébreu mais aussi pour comprendre Israël,
ses habitants, sa culture, ses codes.
«Tu verras
à l’oulpan, tu vas te constituer une famille bis » m’avaient-on dit à
Paris. J’avoue que j’avais tiqué. Et puis, finalement j’ai compris. Compris qu’en
5 mois, avec mes camarades de classe, on a partagé plus que des exercices et
des leçons. On a appris à se connaitre. Les affinités se sont créées, les
relations se sont affinées, les groupes se sont formés. L’apprentissage de l’hébreu, nous a permis de communiquer et de parler d’une même voix. Peu à peu nos langues maternelles
ont laissé place à l’hébreu. Certes, nos phrases sont imparfaites, parfois
truffées de fautes mais on a réussi à créer du lien.
Je n’oublierai
pas :
·
L’attention
de Tzion (né en Inde) qui proposait toujours aux
autres de l’eau chaude avant de servir du café.
·
La
volonté de Hanna (née aux Etats-Unis) de s’exprimer en hébreu malgré la
difficulté.· Le sourire d’Eva (née à Nice) quand elle entrait dans la classe très en retard.
· Les messes-basses avec Molly ( née dans le New Jersey)
· L’enthousiasme d’Ariel (né à Buenos Aires) quand il parlait de football et de Messi
· Le cahier tout propre de Carmen (née en Moldavie)
· Les fous-rires avec Maia (née à Paris)
· Les pauses tic-tac et chewing gum au goût improbables grâce à Michael (né au Maroc)
· Les questions sans fin de Romain (né à Marseille)
· Les séances confidences avec Déborah, Rahel et Leatitia.
· La persévérance de Sumalee (née en Thaïlande)
Je prends tout, je thésaurise, je garde. c'est mon capital-souvenirs, en attendant qu'on s'en crée d'autres.
16 octobre, 2013
Ayah - Episode 11 : Itzhak Rabin (1922 - 1995)
Aujourd’hui, à l’oulpan, nous avons – comme partout
ailleurs dans le pays - commémoré le souvenir d’Itzhak Rabin, assassiné en 1995.
Rabin est mort un samedi soir. J’étais chez moi. A l’époque
pas de "chaînes infos", pas de twitter, ni de Facebook. Dans mon souvenir TF1
et France 2 avaient interrompu leurs programmes.
La mort de Rabin c’est la fin de l’innocence. Je découvre,
effarée, qu’un juif peut tuer un autre juif. je sais, c’est idiot et puéril mais avant c’était une
notion qui m’était totalement étrangère.
Aux obsèques retransmises à la télé, je revois les larmes de Bill Clinton, j’entends la
voix de Noa, sa petite fille, qui devait avoir mon âge. sans oublier la dignité de sa veuve, Léah.
Rabin est mort il y a 18 ans. En 18 ans, il s’en est passé des
choses dans nos vies. Dans la mienne, voyons voir ? J’ai fini mes études,
intégré une école de journalisme, bossé. J’ai enterré trois grands-parents, assisté aux
mariages de mes copines. Je me suis faite des amies, je me suis engueulée avec
des gens. Je me suis mariée. J’ai eu deux enfants. Bref, comme vous j’ai vécu. Je
n’ai as vu le temps passer.
Si on m’avait dit en 1995, « En 2013, tu vas
faire ton alyah », je pense que j’aurais ri en pendant avec une pointe d'ironie « Ouais c’est
ça, bien sûr ».
Ce matin, 16 octobre 2013, je suis dans la grande
salle du Merkaz Klita de Raanana. Tous les olims de la ville qui sont à l'oulpan sont réunis. Sur la scène ma copine Miri, rencontrée à Radio
Shalom - Paris il y a 8 ans, parle au micro dans un hébreu impeccable. Ma nouvelle copine 1 Maia me dit « Mais elle parle
super bien !!! ».
Je regarde la salle. Il y a des juifs du monde entier. ils viennent de Colombie, d'Argentine, des Etats-Unis, de France, d'Inde, d'Ukraine. Ok,
on est plus dans les années 1940, on plante rien dans la terre, on vit pas dans
un kibboutz mais j’ai quand même cette sensation de vivre avec eux une aventure
collective extraordinaire.
Après la biographie de Rabin et deux chansons (Livkoth Lekha et Chir LaChalom), on a entonné l’Hatikva. Ca fait des années que je n’ai
pas chanté l’hymne national israélien.
Je suis submergée par l’émotion. Je me dis « Allez fait pas ta fille, tu vas pas pleurer ». Et puis finalement, je me lâche. Faut dire qu’à
côté de moi, ma nouvelle copine 2, Eva m’a donné le top le départ en essuyant ses yeux.
09 octobre, 2013
Alyah - Episode 9 : Tu sais que tu as fait ton Alyah il y a deux mois quand ….
Avant de partir en Israël, j’ai découvert le groupe Facebook « Tu
sais que tu as fait ton Alyah quand… ». Depuis mon installation, je
prononce ce début de phrase 10 fois par jour. En effet, tu sais que tu as fait
ton Alyah quand…
-
Tu
assistes à la réunion des parents d’élèves de ta fille de 5 ans et demi. Que tu
te concentres mais rien n’y fait. La maitresse parle mais les mots que tu
connais mis bout à bout ne font pas des phrases compréhensibles. Tu respires un
grand coup, tu te présentes, les gens te félicitent. Tu es en confiance et tout
à coup ton regard se pose sur le miklat, l’abri, au fond de la classe.
- Tu
ne vas plus sur le groupe « Tu sais que tu VAS faire ton alyah » car
tu passes tout ton temps sur « Tu sais que tu as fait ton alyah ».
-
A
la banque, au supermarché, à la pharmacie, chez le docteur, tu as besoin d’aide.
En fait tu te rends compte que tu es comme une gamine de 12 ans qu’il faut
accompagner. C’est souvent à ce moment que ta fille de 5 ans et demi te regarde
et te dit « Ca va maman ? tu vas y arriver ? ».
-
Tu
bosses 4 heures et demi par jour à l’oulpan et que une fois rentrée tu
enquilles lecture, exercices et test d’écriture. Tu te dis que pendant que tu
pleures sur ton cahier les profs d’Ivrit de ta scolarité doivent bien se
marrer.
-
Tu
flippes à chaque fois que tu reçois une lettre avec des montants en shekels et
des dates limites de paiement.
-
Tu
reçois un coup de fil sur ton portable israélien. Que l’interlocuteur ne parle ni
français, ni anglais. Là tu lui demandes gentiment de parler lentement car tu ne
parles pas très bien hébreu. Pendant qu’il
parle tu lui hurlerais bien « C’est ça que t’appelle doucement ????? »
-
Tu
hallucines devant ta télé en regardant les milliers de personnes assister à la
Levaya du Gaon Ovadia Yossef (Z'l)
- Quand ta fille a vraiment faim 8 fois par jour.
-
Tu
es en taxi sur le chemin de I24news pour enregistrer une émission. Le front
collé à la vitre, tu regardes le ciel bleu et tu te dis « J’habite ici, c’est
dingue »
-
Tu
ne connais toujours pas ton numéro de Teoudat
Zehout (Carte d’identité) et que tu promets de l’apprendre par cœur demain, oui demain c'est bien.
-
La
prof d’oulpan corrige ton texte. Y a plein de fautes partout mais elle dessine
quand même un smiley en bas de la page.
-
Tu
regardes "La nouvelle Star" en hébreu et que tu ne peux pas t’empêcher de
regarder comment l’émission est produite.
-
Anouk
fait marrer sa petite sœur en criant sur tous les tons « Hamouda, hamouda ».
-
Quand
à la sortie de l’école, une maman te propose de prendre ta fille. quand tu
parles avec elle, tu te rends compte qu’elle est brésilienne. Sa mère est belge
et ses grands-parents paternels sont nés en Allemagne mais elle trouve que ce
magasin super pour les enfants « est vraiment trop loin de là où elle habite ».
-
Tu
entends toute la journée l’expression « Raval al Ha Zman »
A suivre ….
PS : Je
vous invite à aller sur le groupe Facebook « Tu sais que tu AS fait ton alyah quand… ».
Un livre compilant les meilleurs témoignages et anecdotes vient de paraître.
Un livre compilant les meilleurs témoignages et anecdotes vient de paraître.
09 septembre, 2013
Alyah - Episode 6 : Cantine, I Miss You..
Chaque soir, veille de classe pour Anouk,
c’est-à-dire 6 jours sur 7, c’est la même angoisse, la même question
lancinante : qu’est ce que je vais bien pouvoir lui préparer pour demain
midi ?
En Israël, donc, pas de cantine. Les parents
préparent le repas. Au-delà du fait que l’absence de cantine prive les
enfants de perdre leur audition au réfectoire et du plaisir de boire dans des
verres Duralex en se demandant qui est le plus grand, l’absence de cantine
devient une patate chaude qu’on refile aux parents qui, dans mon cas et je ne
suis pas la seule, ont bien d’autres choses à faire le soir.
Soyons clairs, avant de poursuivre et pour éviter
les remarques du genre « un repas équilibré c’est pas compliqué à
préparer », ma fille mange mal. Elle n’aime pas les légumes, n’est pas une
fan de fruits et quand elle voit une carotte, elle se dit « oh c’est
rigolo c’est quoi ce truc ? ». je plaide coupable je suis en partie
responsable de ce constat et D. m’a puni car depuis 2 semaines aujourd’hui je
paye cher mon laxisme alimentaire.
« C’est à toi de lui préparer le repas ».
L’employée de la mairie m’avait prévenue. J’avais fait le plein de courses.
J’étais gonflée à bloc, prête sur la ligne du départ, certaine de ma réussite,
me répétant en boucle « C’est hyper simple, ca va aller ».
Retour à la maison après la première journée au gan,
je récupère le sac à dos. Ce qui le matin même était bien rangé - sandwich, fruit, boisson, paquet de chips –
est à peine entamé. La banane ouverte à collé dans le fond, le paquet de chips
est renversé, la bouteille mal fermée etc… bref c’est plus un sac à dos c’est
la Yougoslavie après le passage de Milosevic.
Je me décourage pas, je me dis, « on va
trouver ». Je repars faire les courses, Anouk dans le chariot. Elle se fie
aux emballages, je regarde même plus les prix. Je me jette sur des babybels
dont le prix est indécens, on tente des galettes de riz, des crakers etc…
Le lendemain, j’y crois encore. Je me lève à pas
d’heure pour préparer le sac en question dont les motifs de princesses semblent
me murmurer tous les matins « C’est peine perdue, elle n’avalera jamais
ca ». Nouvel échec. La petite ne mange rien. Au bout de 3 jours, une
petite israélienne me demande à la sortie « Hefo Babybel ? » (Où
sont les babybels ?) et là je
comprends qu’on peut avoir 5 ans et demi et soudoyer l’amitié contre de la
nourriture.
Donc je résume, elle ne mange rien, résultat je
multiplie les achats pour … rien. En plus, pour ne rien arranger, la maitresse
m’ôte chaque jour les rares denrées alimentaires acceptées par qui vous savez. « Pas
de viande », « Pas de bambas, y a une petite qui est
allergique », « Pas de chips c’est mauvais pour la santé ».
Résultat c’est plus un repas c’est une épreuve de Top Chef.
En dehors de tout ça, je ne sais toujours pas quand
préparer ce fameux repas. Là, deux écoles s’affrontent, les filles organisées
qui font tout la veille au soir. Les autres comme moi, flemmardes qui le
matin font ça à la va-vite. entre le café et le rangement de la vaisselle de la veille, la gerbe en plus.
Alors voilà toi qui est en France et qui demain va,
sur les coups de 18H te demander, « mais qu’est ce que je vais bien leur
faire à manger ? », pense à moi, et à mes copines d’alyah, qui nous
posons la question … deux fois par jour. L’an dernier, je pestais contre le
prix de la cantine. Aujourd’hui, je serais prête à payer le double sans rechigner.
30 août, 2013
Alyah - Episode 5 : Savlanout - Patience
Avant d’arriver en Israël, on nous avait prévenu,
« Armez-vous de beaucoup de beaucoup de patience » nous avait dit le
délégué de l’agence juive.
Depuis mon arrivée, j’entends ce
mot sur tous les tons. « savlanout »
- Patience. Avec le sourire – savlanout –
avec l’index et le majeur collé au pouce – savlanout. J’entends ce mot
partout. A l’oulpan, à la plage, dans la file d’attente du supermarché, au gan, au parking, à la banque.
Bon ok la patience, ce n’est pas
mon fort. Mais comment ce pays où les gens parlent vite, mangent vite,
conduisent vite, s’énervent vite peut-il prône … la patience
Je n’ai pas la réponse à cette
question. En attendant, ils commencent tous à me courir avec leur savlanout à géométrie variable.
Il y a une heure, je rentre dans
une épicerie. Je viens de me faire
ouvrir chez le poissonnier. J’ai un kilo de saumon dans la main droite, vue la
température extérieure, j’ai environ 10 minutes
avant de rentrer chez moi. Je me sens comme la fille qui a 5% de batterie
sur son iphone. Je viens juste acheter de l’eau, des halots et du raisin sans
pépin. Je suis à la caisse. Devant moi, la fille a plein de courses, elle tape
la discussion avec le mec derrière la caisse. Je suis
entrain de me dire que si ca continue mon poisson va se taper un orgasme de ouf
quand je vais le foutre au congélateur (oui
j’aime bien cette image, bref).
Au bout de 7 minutes, c’est à mon
tour et là, qui me double par la droite pour poser son yaourt ? un type la
soixantaine, avec un bob blanc « I’m the boss ». Il commence à chercher sa
monnaie.
Non content de m’entendre
pester en français, il lance au mec derrière la caisse
« Hi lo mekira Savlanout » (Elle connait pas la patience)
Je lui réponds :
« Ve Ata, Ata mekir Savlanout. Ayiti
cham lifnéar» (Et toi, tu connais la patience. J’étais là avant toi) ( PS :
j’écris mot pour mot ce que j’ai dit, je ne suis pas sur de la justesse de
cette phrase en hébreu).
Bon, autant
ne pas faire durer le suspens : le gars est passé à la caisse avant moi. Il s’est marré et s’est même
payé le luxe de revenir pour demander une cuillère en plastique.
La vraie
question c’est qui a inventé cette «savlanout » ?
Je comprends que dans les années cinquante, les agronomes qui étaient chargés
de faire pousser des oranges dans le désert répondaient « savlanout » à leur patron qui se voyait déjà à la tête d'une multinationale mais quand moi j’allume le
mazgan (air conditionné) et qu’il ne marche pas, si mon proprio me dit « savlanout », on peut
objectivement dire qu’il se fout de ma gueule.
Quand j'ai vu partir le gars avec son bob "I'm the boss", je me suis dit que parler à tout bout de champs de patience pour un peuple qui selon le calendrier grégorien a attendu
1948 ans pour avoir un état c'est soit hyper gonflé soit carrément sadique. Et si c'était les deux.
27 août, 2013
Alyah - Episode 3 : My name is …
On me l’avait dit mais j’avoue que
je n’y avais pas prêté grande attention. J’avais dû répondre sans conviction « Ah
ouais c’est dingue ca, on peut s’appeler comme on veut ». Et ouais, en
tant qu’olim radachims (nouveaux immigrants en Israël), tu as le droit de
prendre le
prénom et le nom que tu veux, à l’exception de deux patronymes « Cohen »
et « Lévy ».
Arrivée
donc en Israël, la préposée du Ministère de l’intégration m’a demandé « What’s
your name ? » et moi , j’ai répondu « Virginie Bellaïche ».
J’ai pensé un quart de seconde, prendre mon prénom en hébreu, « sarah »,
joli et passe partout comme une robe noire jamais portée, mais finalement, j’ai dit « Virginie Bellaïche ».
Et
là, je me dois de m’arrêter sur « Virginie », prénom commun à mort pour
toute une génération de filles nées au
milieu des années soixante dix en France, qui a suscité une grande partie de mon adolescence
une lancinante et vaine interrogation, « Mais pourquoi ma mère m’a appelé
comme ça ? ». Tout en reconnaissant que ça aurait pu être pire, j’aurais
pu en effet m’appeler « Véronique », si si c’est pire, il faut le
dire, « Virginie » est difficilement prononçable par mes concitoyens
israéliens. Il suffit de voir la tête incrédule du type à la caisse du Aroma
Café quand il finit par lâcher « …. Heu… Ok …. Virgin ! ».
J’ai
longtemps rêvé de changer de prénom. J’aurais voulu m’appeler
Clara,
Yaël,
Louise,
Agathe,
Hanna,
Pia,
Emma.
Bref tout sauf
virginie et cette saleté d'allitération en I qui sonne comme un rire faux. Hi…. Hi… hi…
J’ai
eu un quart de seconde la possibilité de changer de prénom. L’ado que
j’étais se serait jetée sur l’occasion comme une boulimique dans une boutique de
Pierre Hermé. Pourquoi je n’en ai rien fait … Parce que finalement Virginie, c’est pas si mal. Un prénom banal
qui m'a poussé à choisir avec soin le prénom de mes deux filles.
J’ai
changé de pays, mais je reste la même. Malgré l’alyah, changement plus que
notable dans une vie, je conserve la base, le même caractère, les mêmes
qualités, les mêmes défauts et donc le même prénom.
Depuis mon arrivée en Israël, Virginie est plus léger, moins agaçant,
moins commun. Sans doute parce qu’en répondant « Virginie Bellaïche »
à l’employée du Ministère c’est un comme si pour la première fois en 37 ans, je
l’avais choisi.23 août, 2013
Alyah - Episode 2 : "le rangement c'est maintenant"
Ca fait une semaine qu’on est installé
dans notre chez nous. En quelques jours on n’a jamais pris autant de décisions.
Sachez quand même, si vous êtes candidats
à l’Alyah que choisir un opérateur de téléphone et un fournisseur d’accès à
Internet est dans ce pays très compliqué. Offre pas claire, liste des chaînes
indisponible et j’en passe.
A ce stade de mon installation, chaque
carton encore fermé est mon pire ennemi.
Au fil des jours, mon désir de ranger confine à une irrépressible envie de jeter. A
chaque fois que je récure un placard je maudis les anciens locataires sur 34
générations. « Comment peut-on
quitter un appartement dans cet état ? »
La machine à laver qui fonctionne 18
heures par jour me regarde du coin de l’œil. Si elle pouvait parler, elle me
réciterait les articles du Code du travail. « Si
tu me lâches, espèce de machine à la con je te flingue et je dépose à Ramallah alors
fais gaffe ».
Avec en fond sonore les infos
françaises, la violence à Marseille, l'université d’été du PS et les
massacres en Syrie, j’écume les pièces de l’appartement dépassée par l'immensité de la tâche.
Dans quelques jours, la grande rentrera au
gan, la petite rejoindra la crèche. Je n’en vois pas le bout. Je me dis qu’on a
trop de livres, trop de fringues, trop de bibelots, trop de vaisselle, trop de
tout.
Et si je profitais de cette nouvelle
vie pour quitter le verbe « avoir »
et investir celui de l’ « être » ?
20 août, 2013
Alyah - Episode 1 : dans les rues de Raanana...
Je
suis arrivée il y a une semaine à Raanana. Pendant que ma fille de 5 ans compte
ses premières fois dans la nouvelle maison (1er chabbath, 1er
bain, 1er pipi, 1er dodo etc…), je tente d’apprivoiser
cette ville.
J’essaie de me repérer sur Ahuza l’artère
principale, de mémoriser le nom des rues. Je passe mon temps le nez en l’air.
Je regarde les maisons, les immeubles. Je compte les feux jusqu’à chez moi.
A
chaque rue qui porte un nom célèbre, je vois leur portrait défiler. Moshé Dayan,
David Ben Gourion. Je suis intriguée devant les noms à consonances russes, j’essaie
de percer le mystère en surfant sur le net entre deux cartons à déballer.
Dans
combien de temps je pourrais rentrer chez moi tout en téléphonant sans
prêter attention au chemin ? Quand est-ce que je pourrais indiquer sa
route à une voiture perdue ? A quel moment, on pourra se passer du GPS
Waze ?
En
attendant je marche en me disant « c’est chez moi » convaincue que
bientôt j’y aurais mes habitudes. Là je commanderais mon café Afour après avoir
déposé la petite au gan et avant de m’asseoir sur les ban du Merkaz Klita où m’attendent
5 mois d’oulpan.
Je
me rappelle notre aisance dans Paris. « Prends le périph », « A
cette heure-là, je ne prends pas les
voies sur berges c’est bouché ». « On a plus vite fait d’y aller en
métro ». J’ai longtemps vécu à Porte de la Chapelle si bien décrite par
Doc Gynéco, j’en connaissais les moindres recoins. A chaque magasin, je pouvais
énumérer tous les commerces qui s’y étaient succédés.
Combien
de temps on met à connaitre vraiment le quartier où on vit ? je n’ai pas
la réponse, je pense que ce jour arrivera sans que je me rende compte. Ce sera
un petit pas de plus sur le chemin de l’intégration en Israël. Ce si petit pays
quand on n’y est à l’extérieur me parait aujourd’hui grand, très grand.
18 juillet, 2013
Le 31 juillet, 1er jour du reste de ma vie
Hier soir à la Synagogue de Nazareth, celle où j'ai vu se marier toutes mes copines en me disant "est-ce que ca va m'arriver un jour ?" se tenait la cérémonie pour les futurs immigrants juifs de France qui vont s'installer en Israël. Je pars le 31 juillet. et dans le cadre de cette soirée, j'ai pris la parole. Partir c'est la promesse d'une nouvelle vie, l'impression de tourner le dos à une autre. bref, le 31 juillet, ce sera le premier jour du reste de ma vie
Son Excellence, Mr
l’ambassadeur d’Israël en France,
Mr le Président de
l’agence juive mondiale,
Mr le Délégué
national de l’Agence juive,
Mr le Grand rabbin
de France,
Mr le Président du
Consistoire de Paris et du Consistoire central,
Me le Vice – président
du Consistoire de Paris,
Mr les
administrateurs,
Chers amis,
Avant
de commencer, je voudrais vous dire monsieur Sharansky, combien votre présence
parmi ce soir est un honneur. Votre histoire, votre parcours nous rappelle qu’à
une autre époque, le chemin que nous nous apprêtons à faire aujourd’hui, fut
difficile. Votre présence nous rappelle aussi le caractère précieux de l’aide
que va nous apporter dans les premiers mois l’état hébreu.
Comme
nous en sommes aux remerciements, je voudrais remercier le consistoire,
organisateur de cette soirée. Je sais combien il est difficile pour l’institution
de voir partir des familles qui font vivre leurs communautés.
L’alyah, ca commence par une certitude. Pour certains, elle est profonde,
ancienne. Elle s’est forgée dans une famille sioniste, a muri au fil des ans
dans un mouvement de jeunesse, à l’école juive. Pour d’autres, comme moi, elle est
plus récente, plus laborieuse.
Mon mari, Laurent, part, parce qu’il faut bien rentrer à la maison. Moi
je pars pour plusieurs raisons. La première c’est que l’idée de continuer à
vivre comme si de rien n’était dans un pays où en 2013, on a tué des juifs
parce qu’ils sont juifs m’est insupportable. Je ne pars pas parce que j’ai peur
de l’antisémitisme, je pars parce que je n’arrive plus avec vivre avec cette idée-là.
J’ai aimé la France, profondément, éperdument. Et puis l’amour s’est émoussé. Au début je me suis dit « ca va passer » et puis ce que je pensais être un malentendu s’est révélé plus profond. J’ai toujours détesté les gens qui m’expliquaient que les juifs n’avaient plus rien à faire en France. Je me garderais donc bien de tenir ce discours mais je crois que si nous appartenons à un groupe nous sommes aussi soumis à un rythme personnel qui nous fait un jour dire « pour moi c’est le moment » et ce sans juger ceux qui restent.
Chaque alyah est juste tant qu’elle est un choix réfléchi quelle qu’en soit la motivation.
Et puis après les certitudes, viennent le temps des questions.
Ø « Est-ce qu’on va réussir
? »,
Ø « Est-ce que tout
va aller pour le mieux ».
Ø « Est-ce que mon
cadre va arriver dans les temps ? »,
Ø « J’espère que la garantie de la télé fonctionne
là-bas. On vient de l’acheter».
Ø « Et si au bout de
5 mois d’oulpan je parle pas correctement
hébreu ? »
Ø « Est-ce que je
vais trouver un super job ? »,
Ø « Est-ce que je vais
trouver juste un job ? ».
Et surtout la grande question existentielle « comment je vais faire sans ma mère ».
Et surtout la grande question existentielle « comment je vais faire sans ma mère ».
Et comme si tous les aléas de la préparation n’étaient pas suffisants il faut être à la hauteur de ceux qui vous regardent avec admiration. Il faut donner le change : à ceux qui restent et qui ne comprennent pas votre décision, ceux qui pensent que vous allez galérer, que vous n’êtes pas prêt. Que vous allez vous planter.
On vit tous la même chose. D’autres l’ont vécu avant nous, d’autre le vivront
après. Je suis comme vous, je ne connais pas la suite.
Je l’appréhende, je l’imagine, je
l’espère,
L’Alyah ça commence comme ça a
débuté par une certitude. Car oui, en dépit de toutes les difficultés, nous
aurons tous, j'en suis sûre, la certitude d’avoir fait le bon choix.
Merci
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