Avant d’arriver en Israël, on nous avait prévenu,
« Armez-vous de beaucoup de beaucoup de patience » nous avait dit le
délégué de l’agence juive.
Depuis mon arrivée, j’entends ce
mot sur tous les tons. « savlanout »
- Patience. Avec le sourire – savlanout –
avec l’index et le majeur collé au pouce – savlanout. J’entends ce mot
partout. A l’oulpan, à la plage, dans la file d’attente du supermarché, au gan, au parking, à la banque.
Bon ok la patience, ce n’est pas
mon fort. Mais comment ce pays où les gens parlent vite, mangent vite,
conduisent vite, s’énervent vite peut-il prône … la patience
Je n’ai pas la réponse à cette
question. En attendant, ils commencent tous à me courir avec leur savlanout à géométrie variable.
Il y a une heure, je rentre dans
une épicerie. Je viens de me faire
ouvrir chez le poissonnier. J’ai un kilo de saumon dans la main droite, vue la
température extérieure, j’ai environ 10 minutes
avant de rentrer chez moi. Je me sens comme la fille qui a 5% de batterie
sur son iphone. Je viens juste acheter de l’eau, des halots et du raisin sans
pépin. Je suis à la caisse. Devant moi, la fille a plein de courses, elle tape
la discussion avec le mec derrière la caisse. Je suis
entrain de me dire que si ca continue mon poisson va se taper un orgasme de ouf
quand je vais le foutre au congélateur (oui
j’aime bien cette image, bref).
Au bout de 7 minutes, c’est à mon
tour et là, qui me double par la droite pour poser son yaourt ? un type la
soixantaine, avec un bob blanc « I’m the boss ». Il commence à chercher sa
monnaie.
Non content de m’entendre
pester en français, il lance au mec derrière la caisse
« Hi lo mekira Savlanout » (Elle connait pas la patience)
Je lui réponds :
« Ve Ata, Ata mekir Savlanout. Ayiti
cham lifnéar» (Et toi, tu connais la patience. J’étais là avant toi) ( PS :
j’écris mot pour mot ce que j’ai dit, je ne suis pas sur de la justesse de
cette phrase en hébreu).
Bon, autant
ne pas faire durer le suspens : le gars est passé à la caisse avant moi. Il s’est marré et s’est même
payé le luxe de revenir pour demander une cuillère en plastique.
La vraie
question c’est qui a inventé cette «savlanout » ?
Je comprends que dans les années cinquante, les agronomes qui étaient chargés
de faire pousser des oranges dans le désert répondaient « savlanout » à leur patron qui se voyait déjà à la tête d'une multinationale mais quand moi j’allume le
mazgan (air conditionné) et qu’il ne marche pas, si mon proprio me dit « savlanout », on peut
objectivement dire qu’il se fout de ma gueule.
Quand j'ai vu partir le gars avec son bob "I'm the boss", je me suis dit que parler à tout bout de champs de patience pour un peuple qui selon le calendrier grégorien a attendu
1948 ans pour avoir un état c'est soit hyper gonflé soit carrément sadique. Et si c'était les deux.
