Samedi soir, je suis tombée sur la vidéo de votre intervention dans
« La clique », émission animée par Mouloud Achour tous les samedis sur Canal +.
Je dis « je suis tombée » sciemment et à double titre :
- Le hasard, d’abord qui fait décidément rarement bien les choses
- Après visionnage, j’ai failli littéralement tomber de ma chaise.
Vous dîtes : «
Le combat de Dieudo j’en ai rien à secouer. Franchement je m’en fous, je connais pas. Je ne suis pas géopoliticien. Si je devais m’intéresser à ce sujet, ce n’est pas lui que j’irais voir. » Wahou ! Passons pour le moment sur votre mélange de désinvolture et d’indulgence mais je note que vous reconnaissez que l’homme est animé par une cause, un but. Plus loin, vous ajoutez
« Son combat, ce qu’il défend, je pense qu’un mec qui a du talent ne devrait pas entrer en politique, jamais. C’est mon avis, ce n’est pas le sien visiblement. Donc je me tape de son combat totalement ».
"Entrer en politique donc" : Même si vous admettez que son combat est « politique », j’ai comme l’impression que vous réagiriez avec la même légèreté s’il avait décidé de se présenter sur une liste EE-LV aux prochaines municipales. Non pas que je sois fan de ce parti mais, en dépit des reproches qu’on peut lui faire, il reste dans son action programmatique dans le champ de la démocratie.
Pour finir, cerise sur le gâteau, vous affirmez :
« Après les gens qui disent que c’est antisémite, je vois pas ». Et là, les bras m’en tombent. Si les spectacles de Dieudonné n’étaient qu’une succession de sketchs apolitiques, je pourrais vous excuser mais vous savez très bien que cela n’est pas et plus le cas. Quand vous dîtes
« Je peux voir 50 spectacles e Dieudonné, je ne sors pas antisémite pour autant », étiez vous au Zenith le 26 décembre 2008 quand il invitait sur scène, en pleine représentation de « J’ai fait l’con », le négationniste Robert Faurisson pour lui remettre « le prix de l’infréquentabilité » ? Si oui, avez-vous trouvé ça drôle ? Avez-vous applaudi quand son régisseur lui a remis le prix « déguisé » en déporté avec une Etoile jaune ? Dans le cas contraire, j'aurais aimé vous l’entendre dire.
Vous dîtes, grosso-modo, on peut aller au spectacle de Dieudonné sans être antisémite. Moi je crois qu’on ne peut trouver cette scène amusante que si on est, foncièrement, antisémite. Vous vous lavez les mains des provocations de Dieudonné sur et hors de scène, vous semblez nous dire
« Je ne regarde que l’artiste qu’il est ». Comment faites- vous ? Et puis non finalement, ça ne m’intérresse pas parce que moi je sais que notre vraie différence est là. Je ne pourrais déjeuner chez un chef étoilé en sachant qu’il a tenté de tuer sa femme dans les cuisines. Vous diriez
« Moi je ne regarde que ce qu’il y a dans mon assiette et c’est très bon, l’homme, je men fous ». Moi pas. Vous pourriez apprécier la poésie écrite par un sérial killer emprisonné à vie. Moi pas. Parce que je crois que quand les mots ( et les actes évidemment ) atteignent le summum de l’abjection, le type qui les dit est pourri.
Perdu dans ses délires antisémites, le génie comique de Dieudonné n’est plus qu’une infime partie de son être. On a tous ri de bon cœur par le passé, oui il y a très longtemps, mais aujourd’hui, louer son sens comique c’est aussi absurde que de se lancer dans une thèse d’Histoire de l’art sur les influences picturales d’Hitler quand il était aspirant peintre.
"Dieudonné n’a tué personne. Ce n’est pas Hitler" me répondrez-vous. Soit ! Mais combien d’adorateurs de Mohamed Merah se délectent de ses vidéos ? Qui sait combien ces messages haineux peuvent pousser au passage à l’acte ? Je n’ai pas la réponse et vous non plus.
A cette indulgence pour Dieudonné,
« Je ne suis pas pour son combat » précisez-vous, vous opposez quand même une vraie volonté, celle d’être
« contre tous ceux qui souhaitent lui interdire les salles ». Je ne sais pas si la solution est d’empêcher Dieudonné de se produire sur scène mais je trouve curieux voir suspect que vos seuls reproches soient pour eux et pas pour celui qui de spectacles en vidéos distille des propos abjects. Je n’arrive même pas à mettre votre solidarité avec Dieudonné sur le compte d’une sorte de confraternité artistique tant je la trouve irresponsable. Votre ton, vos mots empathiques pour parler de lui, tout résonne comme une approbation qui ne dit pas son nom.
Alexandre Astier, je me souviens très bien du premier épisode de Kaamelott que j’ai vu sur M6. J’ai été soufflée par le rythme, l’absurde, l’écriture, le style, la mise en scène. Tout était parfait. Quand je vous avais interviewé par le journal de
« Virgin ! », vous m’aviez confié tout faire tout seul : écriture, mise en scène, même le générique était votre création. Pas de doute, à la télé, ça vous a réussi. Par contre pour ce qui est des analyses, je vous conseille humblement de lire quelques livres et ne pas vous en référer à votre seul jugement.
Amicalement quand même.