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15 octobre, 2013

Alyah - Episode 10 : Oulpan, lesson 2 - ne pas baisser les bras


Ne pas parler hébreu c'est chiant, frustrant, handicanp, énervant.
 
 
 
Se retrouver à un guichet et chercher des mots simples. Comment on dit envoyer déjà ? La fille en face aimerait bien prendre le temps mais elle passe direct sur l'anglais. Ca me fait mal. Je prends ça comme une tape paternaliste accompagnée d'un index qui m'indique la pataugeoire alors que je voudrais me jeter dans le grand bassin. 
 
A la réunion des parents d'élèves d'Anouk, j'ai écouté attentivement la maîtresse. Les mots me parvenaient. Je les connaissais mais mis bout à bout la phrase n'avait aucun sens.
 
Travailler. Bachoter. Reviser encore et encore. 
 
Quand je marche dans la rue je chope des mots, des bouts de conversation. L'hébreu est un train qui roule trop vite pour moi. Essayer de se raccrocher aux wagons encore et toujours.
 
Ecrire. Corriger. Ecrire encore.
 
Ah bon là c'est un "ahin", moi j'ai mis un "hé". Croire qu'on a compris  le soir en faisant ses devoirs. Le lendemain, se rendre compte en cours qu'en fait, on a tout faux. Comment on dit "fait chier sa race maudite" en hébreu.
 
Ne pas parler. Ne pas se faire entendre c'est pour moi à la limite de la transparence. Il y a des filles qui rentrent dans une pièce, elles existent. Elles sont. Moi tant que j'ai pas parlé, je passe inaperçue.
 
Depuis mon alyah,
- je mesure combien ca va être dur d'être aussi à l'aise à l'oral en hébreu qu'en français.
- je comprends que ce sera impossible d'ecrire aussi bien en hébreu qu'en français. 
 
Est ce que j aurais en hébreu ce sens du recit que je crois avoir en Français ?
ESt-ce qu'un jour je parlerais aussi vite que ma voisine qui sourit tout le temps ?
Est-ce qu'en hébreu  je pourrais faire deux ou trois de mes blagues que je juge drôles ?
Bref, est-ce que je continuerais à être moi, en hébreu.... ?
 
Le plus dur c'est de ne pas pouvoir lire les journaux, déchiffrer es titres, décrypter les légendes des photos. Aujourd'hui, notre prof, Orith nous a expliqué que la couleur du fond des articles avait un lien avec le sujet. quand c'est rouge, c'est que l'actualité est poignante ( attaque, décès, catastrophe), kaki c'est pour l'actualité liée à l'armée et à la situation sécuritaire du pays....
 
Avant la fin du cours, elle nous a donné une page de journal. une fois rentrée, j'ai tenté de le déchiffrer, j'ai pris un long papier. j'ai abandonné, j'ai pris un petit article, j'ai laissé tomber. je me suis rabattue sur une brève ... sans succès.
 
Pour finir même la pub d'un supermarché m'était aussi obscure qu'une analyse de Finkelkraut sur la laïcité. la mort dans l'âme, j'ai rangé ma feuille de journal, j'ai repris mon cahier, pour Travailler. Bachoter. Reviser encore et encore. 
 
L'apprentissage c'est une leçon d'humilité de chaque instant. la langue c'est aujourd'hui la pièce manquante entre moi et les gens, moi et Israël.
 
Travailler. Bachoter. Reviser encore et encore. 
 
 
 
 

29 août, 2013

Alyah - Episode 4 : Oulpan Lesson 1

Hier, après la rentrée d'Anouk, j'ai moi aussi fait ma rentrée. Après avoir déposé les petites, direction donc l'Oulpan pour Laurent et moi.




Ma prof s'appelle Orith, elle sourit tout le temps et chaque explication est l'occasion pour elle de déployer des talents certains de comédienne. Elle bouge tellement que parfois j'ai la légère impression d'assister à un cours de zumba.

Retourner à l'école à 37 ans c'est l'occasion de se rendre compte que finalement, on reste les mêmes élèves qu'on était  à l'adolescence.

Il y a ceux qui le premier jour demandent "c'est quand les vacances ?", il y a celle qui prend trop bien les cours, celui qui tous les jours demande un stylo, celle qui n'arrête pas d'écrire alors que la prof nous demande "juste d'écouter", il y a celui qui arrive très en retard et qui fait bouger tout le monde pour récupérer sa place, il y a celle qui dit "non n'effacez pas le tableau, comment on dit en hébreu, n'effacez pas le tableau", il y a la moldave super jolie à qui tout le monde veut expliquer le truc qu'elle a pas compris....

Moi, je me fais charrier par mon mari qui bien que ne m'ayant pas connue sur les bancs de l'école soupçonne chez moi l'existence du syndrome "fayotte". Ok, j'avoue il m'arrive de me dire intérieurement "Bon c'est bon on va pas y passer la nuit sur ce verbe". et puisqu'on est dans les aveux, je le confesse j'ai moyennement apprécié quand après le test, l'employée de l'oulpan m'a dit dans un français impeccable "Je peux pas te mettre en kita Beth, tu dois aller en Alef ++".

Je vais pas mentir, j'ai toujours aimé l'école. J'adorais apprendre. Encore aujourd'hui, je suis heureuse quand je comprends un truc.

Entre baragouiner l'hébreu et le parler suffisamment pour dire à la makolet en hébreu "Dis donc, tes prix  là, c'est une blague pour Pourim, t'es en avance mon gars", il y a une marge que je m'attelle à réduire.

Cinq heures par jour, cinq jours par semaine ( le tout devrait durer cinq mois), j'étudie l'hébreu. vocabulaire, conjugaison, mots de liaisons, lecture, dictée etc...

Dans ma classe, il y a des américains, des sud-américains, deux iraniens, des russes et même un indien. Pour l'instant, nos  conversations sont comme des vents contraires portés par des accents irréconciliables, des rythmes de diction différents... et bientôt, miracle de l'apprentissage on va réussir à se comprendre.

En attendant, Orith dispense bons points, encouragements et moyens mnémotechnique pour nous rendre l'hébreu audible. En fonction de notre nationalité, elle connait nos points faibles. son expérience  nous rappelle qu'avant nous, des centaines d'olims ont étudié au Merkaz Klita de Raanana.

Quand je suis entrain de faire quelque chose, il m'arrive souvent de me dire, "Oublie pas ce moment là quand plus tard tu auras fini, tu seras passée à autre chose". L'année prochaine, quand je serais jetée dans le grand bain du marché du travail israélien, je penserai à ces olims qui prendront place au Merkaz klita de Raanana.

Je suis sûre que le premier jour, il y aura celui qui demande "C'est quand les vacances ?", il y aura celle qui prend trop bien les cours, celui qui tous les jours demande un stylo, celle qui n'arrête pas d'écrire alors que la prof nous demande "juste d'écouter", il y aura sans doute celui qui arrive très en retard et qui fait bouger tout le monde pour récupérer sa place, il y aura celle qui dit "non n'effacez pas le tableau, comment on dit en hébreu, n'effacez pas le tableau", il y aura peut-être une moldave super jolie à qui tout le monde voudra expliquer le truc qu'elle a pas compris....

il y aura même une fille qui en Kita Alef ++ se dira intérieurement "Dis donc y a combien de + avant d'intégrer la kita Beth, ca pue l'arnaque cette organisation". J'espère qu'elle tombera sur ce billet et qu'elle se dira comme moi "Bon ben finalement, elle est vachement sympa cette classe. Et puis la moldave, non contente de ressembler à une mannequin, elle est gentille. La meuf parfaite quoi..."