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12 novembre, 2013

Dans les yeux du type qui a fait la quenelle…

J’ai revu la séquence du "Petit journal" une bonne dizaine de fois, j’en ai compté 8. Des quenelles abouties et des tentatives. Le lendemain de la diffusion de la séquence, Yann Barthes se livre à un long et efficace mea culpa en ouverture de l'émission. J’ai découvert « la quenelle », il y a peu de temps. Inventé par Dieudonné, ce geste consiste à mettre tendre vers le bas un bras et la main. Dans le même temps, l'autre bras est plié, la main à plat sur sa clavicule opposée. Pour l’ancien acolyte de d’Elie Seimoun, il s’agit de manifester "contre ceux d'en haut", de "glisser une quenelle" pour dire « merde » au système.

A ceux qui pensent que ce geste n’a aucune connotation antisémite, il est bon de rappeler que Dieudonné l’évoque la première fois en 2009 dans une interview au journal Libération où il explique son « idée de glisser [sa] petite quenelle dans le fond du fion du sionisme". 

Sur un site  pro-Dieudonné, on peut lire "Dieudonné dénonce les travers des puissants, des riches, du quidam aussi. S’il est accuse d’antisémitisme, c’est notamment parce qu’il souligne que l’on nous bassine avec la souffrance des Juifs durant la seconde guerre mondiale. Comme si ça avait été la seule de l’Histoire. C’est vrai, rappelez-vous dans les livres scolaires. On nous remplit des chapitres entiers au sujet de la Shoah en occultant les autres génocides : Les Noirs, les Indiens d’Amérique, et j'en passe. Bah, des conflits ethniques. Le 20 août, Dieudonné  se félicite du succès de « la quenelle ». Il porte, détail important, une écharpe du Hamas autour du cou.  Depuis plusieurs mois, personnalités et anonymes l’exécutent hilares.





  
Dans les yeux du mec qui a fait la quenelle au Petit Journal, je lis de la haine, de l'arrogance et ces phrases :
  •           Je sais parfaitement ce que je fais
  •           Je me reconnais dans le discours de Dieudonné. Ce mec est mon héros
  •           Je vais faire péter les vues sur Youtube
  •           Je trouve qu’il y a trop de juifs en France, qu’ils ont trop de pouvoir
  •           Je vous emmerde
Je trouve ce phénomène regrettable. Je ne vois rien pour l'endiguer si ce n'est un communiqué de protestation de la confédération des artisans du commerce de bouche de la Ville de Lyon. Car oui, avant tout la quenelle, reste et doit rester cette spécialité culinaire et surtout cette pub de 1988 qui a bercé mon adolescence.




05 décembre, 2012

De l’utilité de lire des noms


Dimanche 9 décembre 2012, à l’occasion du 70e anniversaire de la Rafle des Juifs de Tunis, une cérémonie se tiendra au mémorial de la Shoah. On m’a demandé d’y lire une partie des noms des personnes raflées. J’ai dit oui sans hésiter. 



C’est Raphaël Haddad - ancien président de l’Union des étudiants juifs de France connu également pour avoir perturbé avec talent l’intervention du N°1 iranien à la tribune de Durban II, affublé d’une perruque de clown – qui m’a demandé de participer à cette lecture de noms.

Dimanche à 10H45, je me raclerai la gorge avant d’énumérer les noms parmi des victimes de la barbarie nazie, décédées en camp de travail. Des noms de familles, des prénoms. J’ai longtemps trouvé inutile ce genre de cérémonie. Je me revois souffler devant celles et ceux qui égrenait ces listes de noms dans un micro raccordé à une sono mal réglée.

Pourquoi ai-je accepté, me direz-vous ? L’âge aidant je dois estimer que cela fait partie des maigres outils dont nous disposons pour faire vivre ce que l’on appelle à tort « le devoir de mémoire ».

Et puis, je me souviens de cette émission de radio que j’animais sur Radio Shalom au milieu des années 2000. Je recevais ce jour-là, Clémence Boulouque pour la sortie de son premier roman « Mort d’un silence ». Publié chez Gallimard, ce récit court et terriblement juste, racontait le suicide  de son père, juge anti-terroriste. 

Pour pallier mon manque d’expérience de l’époque et ma voix mal assurée, j’avais soigneusement préparer mes questions.  En préambule de l’entretien, j’avais  rappelé qui était le père de l’auteur. Je ne savais pas qu’entre eux les journalistes nommaient les magistrats par leurs seuls  noms de famille (le juge Haphen, la juge Prévost-Desprez etc…). J’ai donc pris soin pour rafraîchir la mémoire de l’auditeur de revenir sur les circonstances de la mort du « Juge Gilles Boulouque ». En entendant le prénom de son père (qui se trouve être aussi le prénom du mien), Clémence Boulouque m’a remercié. « Ca fait très longtemps que je n’ai pas entendu un journaliste prononcé le prénom de mon père ».

Ce jour-là, j’ai compris que rappeler un prénom était une façon de rappeler une vie. Derrière le Juge Boulouque, il y avait Gilles, un père de famille, un mari. Dire le nom des victimes de la Shoah c’est rappeler que derrière les chiffres, les dates et les numéros de convois, il y avait des vies, des hommes, des femmes, des enfants. Réciter des noms c’est pointer du doigt l’individuel et balayer le collectif.

Voilà pourquoi dimanche j’ai accepté de lire des noms. Je sais que dans l’assistance, certains se demanderont si cela sert vraiment à quelque chose. Moi, je suis convaincue, aujourd'hui, que ce n'est pas totalement vain.

Détails de la cérémonie qui débute à 10H45 au Mémorial de la Shoah, ici